Il y a des ainsi des destins qui font que, il est impossible d'en dévier, d'espérer une quelconque bifurcation. Manon en est l'un de ses exemples, enceinte malgré elle et prenant la décision, en dépit des avertissements d'un gynécologue, de garder l'enfant. Et quel enfant, non pas qu'il fut handicapé, moteur ou mental, mais celui d'un enfant prédifini qui ne pourra échapper à sa propre fatalité, car il détiendrait en son sein une nature de tueur en série. Serions-nous à la lisière du fantastique, à rebours de l'autonomie de l'individu? J'avoue que je me suis interrogé sur le bien-fondé de cette thèse, sa nocivité : existerait-il des personnes destinées à tuer, y-aurait-il un gène du meurtre? Manon va devoir se battre, se coltiner avec Noé tout au long de sa croissance, en dépit de l'aide bienveillante apportée par son amie Célia, et bien sûr, plus les années passent, inexorables, plus les difficultés s'accumulent. C'est un superbe roman noir que nous découvrons ici, avec cette magnifique complicité d'une mère et son fils, tous deux se recroquevillant, se resserrant à l'intérieur de leur bulle, le monde extérieur leur devenant de plus en plus hostile. Vous ne ressortirez pas indemnes de l'univers de ce couple atypique, fusionnel tout en restant méfiant l'un de l'autre, un opus déroutant et puissant . Très vifs remerciements aux éditions Faute de Frappe, à Marc Falvo.  

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