Cinq cent vingt pages de pur bonheur livresque , de joie intense à dévorer cet opus , une suite de tableaux bucoliques, agrestes, luxuriants, de cette Louisiane efflorescente, de ces bayous lactescents , de cette faune encore bruyante et pleine de vie, dusse-t-elle être violente! Mais les lois de la nature ne le sont-elles pas? Extraits :"Hérissée, au-delà des cyprès sombres, des tubulures d'acuer de raffinerie aux fumées lourdes.Pétrole ou sucre, dans la même puanteur dispersée par le vent.Et la nature, caméléon suicidaire, de singer aussitôt l'horreur humaine et mortifère. Les marécages comme des cloaques noirs et empoisonnés. Les lagunes boueuses et putrides. Les troncs ébranchés et blanchis par le sel et les acides, plantés comme les croix profanés de cimetières inondés." "Entre les voyous et nous, ce n'est pas l'ordre et la justice contre le crime et l'illégalité, ce sont deux équipes sauvagement adverses qui pratiquent le même sport; Nous jouons dans le même championnat morbide et synique qu'eux. Nous ne cherchons plus à les éradiquer. Juste à compter les points." "Le fleuve devient une menace, un anaconda monstrueux qui glisse sous eux en silence ses remous comme des écailles froides.Rien d'un cimetière paisible pour le recueillement des âmes. Un camp de regroupement des morts.Une aire de transit lugubre et blafarde, sous de faibles et rares éclairages. Un Guantanamo des trépassés." Un style chatoyant , lumineux , un rythme trépidant, époustouflant , la découverte d'un territoire au bord de la rupture , asséché par la gangrène de la corruption , de la drogue, de la violence , de l'alcoolisme, de la prostitution , et au milieu, de fantastiques personnages, admirablement croqués , tant du côté maléfique, comme cet adipeux et gélatineux Sobchak , mafieux puant, dont la seule qualité bien maigre est la maîtrise légendaire des cocktails, que du côté bénéfique, tel Freeman, ex/policier sur le retour, amoureux transi de sa fille Lou, Chief Martineau , un faux matamore avec un coeur énorme, et ces fabuleux duettistes policiers Doug Howard et Zach Beauregard , aussi dissemblables que complices, et que dire de cet Arménien, Mardirossian, déjà aperçu lors du dyptique précédent, et dont le lecteur ne se lasse pas de découvrir les talents et l'humanité profonde! Quel choc ce fut que cette lecture, quel bienfait , je ne verrai plus désormais l'alligator du même regard torve et effrayé, et ces serpents mocassins à vous consacrer comme herpétologue confirmé! Et sans évoquer le formidable et fantasmagorique de l'ouragan, monstre déchaîné de Dame Nature, qui va vous entraîner, à travers des pages dantesques, vers des furies et des maelstrom dont vous ne pourrez ressortir intact, y compris au plus profond de vos couettes! Un immense merci à Ian Manook/Roy Braverman pour ses impressionnants talents de conteur , à Françoise Manoukian sans laquelle , enfin vous savez, à Bertrand Pirel et ses attachées de presse Marie Decrême et Célia Giglio.  

 

 

Commentaires (1)

LECOCQ Jean-Michel
  • 1. LECOCQ Jean-Michel | 27/01/2020
Bravo, Jean-Michel, pour cette magnifique chronique. Je ne connais pas encore ce roman mais je connais le talent de Ian et je ne doute pas un seul instant que cet opus soit un coup de cœur généralisé. Merci aussi pour la superbe chronique que tu as consacrée à La caresse des orties tout récemment. Dans un an, je t'entraînerai en Ecosse et en Arménie. Amitiés.

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