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Géant !!  Il y a concentré dans cet opus toute la complexité de la littérature, la relation indépassable entre entre le particulier et le général, sans laquelle les lettres n'ont guère de raison d'être. C'est une famille hors cadre que nous fait découvrir cette étincelante auteure, d'abord Suzanne la mère, une femme qui devrait se retrouver dans la force de l'âge mais qui, épuisée par son inextinguible générosité, est toujours sans relâche à la limite de ses forces. Elle est seule avec quatre enfants de filiation différente mais tous traversés comme par une bonté intrinsèque qui les illumine chacun en dépit de personnalités bien spécifiques. Il y a Achille qui a pris de facto le rôle de pater familias alors qu'il est encore mineur, Jules, dans son univers factice de jeux vidéos et en conflictualité avec son père, Arthur dont personne ne saurait dire s'il est autiste ou pas et qui se morfond à l'école, et la merveilleuse Mathilde, six ans de joie de vivre, une maturité qui ferait presque peur! Et puis , il y a ce contexte délétère car se déroulant en novembre 2015, et qui fait irruption, se fracassant violemment contre le fragile et duveteux bonheur familial. Et ça va être le drame, affreux de "la mater dolorosa". Dès lors, tout le frêle équilibre si difficilement mis en place bascule et ce quatuor à la fois merveilleux et tragique va devoir faire face et jongler de plus avec un père, Clément, et le dernier amoureux de Suzanne, Ismael. C'est un opus d'une force, d'une puissance immarcescible, qui vous transperce au fil de l'épée. Et que dire de ce style, ces phrases courtes, dures, hachées telles des rafales de kalachs, ces incursions au coeur des sentiments de ces enfants qui ne sont pas encore des adultes mais qui le sont déjà un peu, nécessité fait loi. Autant vous le dire de suite, c'est une lecture qui va laisser des traces, dont les personnages vont rester un moment impregnés dans le tréfonds de mon cortex. Oui, je ne suis pas près de vous oublier, mes quatre mousquetaires auxquels ils font eux-mêmes d'ailleurs régulièrement référence, telle une toile de fond semblable à une tunique de Nessus. Mme Cohen, vous êtes une grande, définitivement. Très chaleureux remerciements aux éditions du Caiman et à Jean-Louis Nogaro.

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