"Mohican" ou la descente aux enfers d'un paysan descendant d'une longue lignée d'hommes de la terre, servi par une langue somptuaire, au-delà du somptueux, voilà ce qu'est cet opus magistral. C'est l'histoire de Mo, sobriquet de Maurice, fils de Brun, lui-même fils de Léonce , lui-même.......dans la rudesse du Haut-Jura, dans le domaine des Soulaillans, le travail est rugueux, difficile et ardu, car le terrain est peu propice aux rendements extravagants! Alors Brun, crédule face aux sirènes du productivisme, agite fortement la pompe à pesticides et rétif aux dangers encourus, chope un cancer! Mo, face au destin tragique de son père, a mis beaucoup d'eau dans son vin, âpre piquette, sauf que Brun lui a laissé un cadeau empoisonné sur les bras, ayant signé pour l'implantation d'éoliennes en plein milieu de leurs terrains. Et quand Mo voit arriver les engins et les conséquences de leur dévastation, il prend enfin conscience de l'ignominie trompeuse dont a été victime sa famille, tel Isidore, cet oncle taiseux, géant mutique depuis la guerre d'Algérie! C'est de la grande et belle écriture avec des personnages extraordinairement empathiques, greffée sur une thématique ô combien d'actualité, où sous couvert d'une écologie sauveuse de l'humanité, vient se nicher les griffes charognardes d'une forme de capitalisme vert. Extraits : "On ne réalisait pas que nous, les sans-grade, on faisait le jeu des fros, le club des cent quintaux à l'hectaure, qui nous poussaient devant pour quémander des aides."  "Ce que la nature a mis une éternité à organiser dans un réseau fragile de roche perméable, les promoteurs de l'éolien l'ont écrasé sous des amas de ciment, de ferraille et d'acier."  "Il y avait tant de bouches à nourrir, tant d'abonnements proposés aux chaînes télé, et de téléphones dernier cri à acheter, et de voyages au bout du monde, puisque nous n'étions plus que des consommateurs. Le mot d'ordre était tout trouvé, produire beaucoup et pas cher, de la merde cancérigène."  Il y a des pages fabuleuses qui traversent cet opus, décrivant la nature et ses effloraisons, magnifiant sa beauté immarcescible. Rien que pour cette raison, monsieur l'auteur, et bien d'autres, je vous en remercie infiniment ! 

Ajouter un commentaire

 
×