Le jeune Franck est mort , paraît-il après un saut de l'ange depuis le pont de Saint-Nazaire, ce dernier étant le réceptacle de nombreux désespoirs locaux. Franck paraissait pourtant heureux entre son boulot de paysagiste et sa petite amie Sandra, son plaisir de footballeur talentueux, alors pourquoi ce suicide? Le capitaine Marc Ferré, en dépit des évidences, émet des doutes au grand dam de sa nouvel adjointe Laure. Julia la soeur de Franck, partie comme avocate à Paris car elle étouffait dans le huis-clos familial, revient en catastrophe au pays. Et peu à peu, le voile se déchire, car Franck recélait un pan de vie dissimulé qui lui offrait un train de vie dispendieux bien peu en rapport avec sa condition de smicard : il faisait "la mule" régulièrement pour le compte de truands locaux , les frères Morandeau. Voilà qui change complètement la donne. Quel roman noir d'atmosphère, vécu par des personnages qui se collètent avec une réalité sociale dure, sans artifice, au-dessus de cet estuaire dont le seul espoir, fragile, reste la santé économique des chantiers navals. Superbement décrite par une plume dense, fluide, d'une singulière empathie pour ses personnages, il vous laissera dans la bouche comme un parfum suave d'une tranche provinciale irrésistiblement nostalgique , entre jeunesse déboussolée et maturité peu reluisante, empreinte d'une lâcheté moche et impardonnable. Oserais-je le dire, monsieur le neveu de Pierre Desproges est un très grand, lui aussi.

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