Une forêt primaire avec ses futaies, sa canopée, ses arbres immenses remplis de sève et de vie, plongeant jusqu'au ciel, Mila, cette jeune femme venue de l'inconnu, à l'ascendance affreuse mais à la formidable ténacité, et l'Homme, dans toute sa noirceur, sa perversité, sa prédation, son insondable bêtise, tel se présente ce splendide opus à l'écriture étincelante, vive, chatoyante qui, à travers une apparence de fable, de conte naturel, une histoire d'une profonde tristesse et d'une clairvoyante sagacité, nous narre le combat sans merci du Mal contre le Bien, mais aussi la victoire irrémédiable de Dame Nature et la défaite définitive du genre humain, cet aveugle qui persiste à ne pas vouloir clair! Mila, c'est une enfant rejetée dès le départ, parce que différente, albinos à la main gauche palmée. Elle va ainsi être bringueballée de foyer en famille d'accueil, sans affect, sauf à rencontrer Jérémy qu'elle voudrait sauver de son esprit de soumission. Et puis Mila va grandir, enfin si peu, et en apprendre de son ascendance terriblement lourde par Olga, sa génitrice alcoolique au dernier degré, qui va lui balancer en pleine figure que Ludmila, sa grand-mère, était une nazie d'Autschwitz des plus fanatiques, juive qui plus est. Mila va tenter de se requinquer à la campagne, à l'orée d'une immense forêt  dont elle va tomber amoureuse. Mais trouver un cadavre de chien martyrisé dans cette même forêt et va lui donner l'envie d'une nouvelle mission, retrouver le corps du petit enfant disparu d'une nouvelle amie, Zinnia car Mila parle aux arbres et elle est intimement persuadée que le fils se trouve enseveli quelque part. Car le Mal rôde, incontestablement.  Quelle force, quelle puissance dans ce roman qui nous informe crûment, sans forfanterie, que la nature de l'Homme est ainsi faite qu'il n'y a rien à en attendre de bon, en dépit de toutes ses rodomontades et de ses dénis. Le lien est fait, indéfectible, entre les horreurs indescriptibles par exemple du nazisme ( ce ne sont pas les seules, loin de là, au fil des siècles, bien malheureusement!) et les crimes perpétrés par le genre humain vis-à-vis de notre planète d'accueil .  Extraits : "Mila avait remarqué combien, d'année en année, "on vivait moins" dans la forêt. On bruissait moins, on bourdonnait moins, on voletait moins, on galopait moins, on bramait moins, on chantait moins, on pépiait moins, on hululait moins."  "Les arbres augurent, en étincelles, la fin de l'espèce humaine, et s'organisent pour tenir jusque-là. De forêts dévastées en forêts qui brûlent, ils coordonnent, ils se préparent. Mila laisse aller son oreille, ses côtes, son ventre, elle se rend à cette nouvelle, n'en est pas affolée, ni surprise; cette espèce, la sienne, contient le Mal absolu, elle est dévastatrice, elle veut tout, elle mange tout, elle détruit tout, bon débarras !" Cet ouvrage me fait indéniablement songer à la "Banalité du Mal" d'Hannah Arendt. Vifs remerciements aux éditions Inuit et à Josée Guellil .

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