Résumé :
À San Jacinto del Río, un village oublié des cartes et des dieux, Sofia Ordoñez dirige La Rosa Perdida. Un bordel célèbre pour corps en quête de volupté, devenu refuge pour âmes errantes et haut lieu de passage des hommes, opposants comme sympathisants au régime sanguinaire d’Isidro Gálvez.
Lorsqu’un matin Sofia est pendue sur la place publique, dénoncée par son propre fils Matías, le village entier frémit. Et sa mémoire, ses secrets et ses douleurs se déroulent pour tenter de comprendre.
Dans ce premier roman, pétri de réalisme magique et d’une véritable virtuosité dramatique, Christopher Laquieze raconte les cicatrices d’un continent meurtri, la résistance muette et le courage de ceux qui, à bas bruit, œuvrent pour un autre monde.
Chronique :
Brillant, étincelant, une écriture chatoyante, voire luxuriante concernant certains passages, telles sont les caractéristiques fortes de ce somptueux opus qui vous prend aux tripes ! Dans ce pays imaginaire ( mais l'est-il vraiment ? ), voici le village de San Jacinto Del Rio, où domine " La Rosa Perdida ", un bordel dirigé par une maîtresse femme, Sofia Ordonez, veuve d'un certain Mario, un lieu à la fois de perdition et de plaisir, pour le repos des hommes repus. Mais le pays est une dictature sans foi ni loi et la délation y règne en sport national. Alors quand le fils Matias dénonce sa propre mère Sofia, proche de certains résistants, la question cruciale se pose : mais pourquoi ? Le jeune auteur est un fin connaisseur de l'Amérique Andine et aussi assurément un fin lettré. Son premier roman est absolument magnifique et poignant, chaque page saura vous happer par sa description de ce pays âpre, la résistance opiniâtre d'une partie de ses habitants, peu enclins à la résignation et au fatalisme. Extrait : " Un doigt coupé pour te faire parler, c'est comme ça, un enfant enlevé pour rejoindre les rangs, c'est comme ça, une femme violée et enfermée dans un cachot pour conduite inadéquate, c'est comme ça. Ne rien dire, ne pas se plaindre, car après tout, il n'y avait rien à faire, c'était comme ça ". Fin de l'extrait. Une lecture pour moi indispensable, irrésistible. Alors chef d'œuvre ? A vous de juger. N.S.P