Résumé :
Sur cette île où il n’y a rien, il y a un cimetière.
« Ils étaient sept, six hommes et une femme enceinte, six Bretons et un Malgache. En 1930, employés de La Langouste française, ils ont accepté de rester après la saison de pêche pour entretenir les installations de la conserverie sur l’île Saint-Paul, minuscule îlot volcanique au cœur de l’océan Indien. Une sinécure, leur a-t-on assuré ? : beaucoup moins de travail pour le même salaire. Presque des vacances ?! La relève était attendue au bout de trois mois ? : cela en prendra six de plus avant de voir arriver un bateau. Et sur l’île Saint-Paul, il ne reste alors que trois survivants… » Michèle Pedinielli
Chronique :
C'est à la narration d'une affaire terrible que nous convie cette autrice par ailleurs fort talentueuse. Début des années trente, des patrons havrais dont la soif de profit est l'alpha et l'oméga, décident d'implanter une conserverie de langoustes sur une île désolée de l'océan indien. La saison de pêche achevée, ils font croire avec un total cynisme à sept volontaires, dont une femme enceinte, qu'ils doivent rester sur place pour entretenir les bâtiments, et promis, craché, juré, un bateau viendra les rechercher trois mois plus tard. Sauf que......ils attendront six mois de plus et quatre morts plus tard dans des conditions horribles ! C'est un texte court, ravageur, d'une rare puissance, sous une plume acérée, qui vous est là servi. Et l'exploitation qui est faite de cette histoire atroce par la suite est largement aussi éclairante du mépris consubstantiel lié à la nature intrinsèque du capitalisme. Extrait : " Il s'agit d'un abandon pur et simple, révélateur d'un système strictement comptable, où la vie humaine n'a pas de valeur, car elle n'est pas cotée en Bourse et ne rapporte aucun dividende. A fortiori celle de gens simples qu'on sacrifie, sans état d'âme, pour que ne rouillent pas des machines et à qui on refuse par la suite de rendre justice." Fin du 1er Extrait. " L'Histoire pousse à la reproduction du pire. Et les drames n'ont pas disparu, ce serait trop beau, les médias nous les balancent du matin au soir, en continu. " Fin du second extrait. Mais notre capacité d'oubli est infinie. Très vifs remerciements aux éditions de l'Aube., à Isabelle Lacroze et Michèle Pedinielli, directrices de collection, et Chloé, assistante d'édition.