Résumé :
Gien. Ville grise à l’horizon bouché qui ne s’ouvre que sur le fleuve de la Loire. C’est ici que Kad et son ami d’enfance Gabriel ont grandi. Le premier y est resté. Le deuxième en est parti. Mais quand Juliette, la soeur de Gabriel, est retrouvée inconsciente dans le camion de Kad, le corps tuméfié, leur vie bascule...
Chargée de l’enquête, Karine, jeune gendarme débarquée de Lille, se heurte à des habitants suspicieux et murés dans le silence. Ici, la vérité semble coulée dans le métal de la fonderie de Bertrand Morin, le père tyrannique de Gabriel et Juliette.
Entre rejets toxiques dans le fleuve, travailleurs sans papiers et secrets de famille, ce roman nous embarque sur les bords de Loire poisseux, chez ceux qui tentent par tous les moyens d’échapper à leur destin.
Chronique :
"La Plupart des Hommes" de Simon François. Edition Le Masque. Quelle confirmation ! La confirmation d'un auteur magnifique au talent renouvelé, sorte de parangon du roman noir social hexagonal, après trois opus en tous points remarquables. Et quels choix judicieux dans ces récits humains et géographiques. Ainsi Gien, petite ville sans perspectives, au centre d'une diagonale du vide, mollement étalée le long de la Loire, sa fonderie, seul poumon économique du lieu, mais viciée au tréfonds d'elle-même, car aux mains d'une famille vérolée. Les portraits sont fracassants de médiocrité et de malignité, ceux de Bertrand, tyranneau patronal, brut de décoffrage, à l'image de son usine, aux conditions de travail infamantes, bruyante, dangereuse, polluante, aux galériens sans papiers. Et puis Gabriel son fils, qui renâcle, mais flirtant avec la révolte sans y sombrer, mais surtout Juliette dont les pages à elle consacrées sont saisissantes à la fois de justesse et de cruauté ! Extraits : " Tout le pays repose sur ce système, la douce France prospère sur le dos d'esclaves invisibles ". Fin du 1er extrait. " Le monde tourne grâce à la crasse des lignes de production, l'humain n'est qu'un satellite du Capital, la transpiration des travailleurs édentés arrose les comptes et gonfle les dividendes ". Fin du second extrait. " Demander leur avis aux pauvres, c’est s'exposer à toute une litanie de conneries, car ils ne pensent qu'à l'argent qu'ils n'ont pas ". Fin du troisième extrait. Mais quel personnage que cette Juliette, ogresque, Falstaff au féminin, épouvantablement inhumaine ! Lisez ce livre, vos yeux vont se dessiller. N.S.P.