"Salut à toi , ô mon frère de Marin Ledun

Certes , c'est rocambolesque , certes c'est picaresque, certes c'est croquignolesque mais derrière cette façade apparente, derrière ces trompe-l'oeil , que de vérités balancées , que de jugements sans fard et sans fioriture! Vous vous retrouvez en présence d'une tribu , genre de famille Groseille délirante dont la tête de pont n'est autre que l'inénarrable Adelaide mère et cheffe de famille au tempérament volcanique, sorte de Stromboli en perpétuelle éruption dont le mari Charles tente désespérément de doser les humeurs! Rose , la narratrice , officiellement poétesse/coiffeuse à temps partiel est précédée dans l'ordre chronologique par Ferdinand et Pacôme , étudiants désinvoltes, et complétée par les trois derniers , Colombiens adoptés , Antoine, Gus et Camille! Hors Gus vient d'être séquestré et désormais recherché pour un prétendu braquage avec deux complices! Ce canevas n'est en fait qu'un prétexte à de nombreuses dénonciations aux innombrables dysfonctionnements ( j'adore ces périphrases) de notre société : les dérives sécuritaires ( le passage sur la vie d'un portail est à la fois hilarant et un modèle du genre), les conditions de travail et d'accueil des patients en milieu hospitalier sans compter la prise en charge des personnes âgées, la mise au jour de ce racisme quotidien et bas de plafond, la méchanceté chronique des foules assoiffées de cruauté! Cette comédie sociale farcesque et déjantée est beaucoup plus qu'une fable aimable ou un conte gentillet , c'est un modèle d'humour caustique au message acerbe!  Un grand merci à Christelle Mata, attachée de presse de la série noire Gallimard!    Extraits : "Il fustige.Il vitupère.Il s'insurge.Il ne pivoine pas, il ne rosit pas ni ne groseille pas non plus! Il érubesce.Il écrevisse.Il écarlate.Il cramoisit.Il incandescent.Il éructe en se frappant la poitrine du poing comme le mâle dominant d'un groupe de gorilles pour affirmer sa supériorité."  On dirait du Audiard dans un film de Lautner!   "Si les gens se plaignent de ce que je parle trop de moi, moi je me plains de ce qu'ils ne pensent même pas à eux".  (Extrait des Essais de Montaigne car on trouve du François Villon, du Rabelais, du Montaigne, du Gérard de Nerval entre autres dans ce conte philosophique!  "L'extension marchande du domaine de l'adolescence vaut son pesant de cacahuètes. Leurs rituels boutonneux, leurs borborygmes communicationnels, leur langage SMS ergonomique et tribal, leurs followers, mateurs, mouchards, fils à la patte, indics, épieurs, cafteurs, roussins, délateurs, sycophantes, leurs accoutrements grégaro-moches personnalisés et standardisés à l'infini, leur organisation sociale smartphone-centrée"!  Quel brio, M.Marin Ledun , quelle charge acide derrière la fable légère!  Allez, ne nous privons pas, un petit dernier pour la route :" C'est tout de même terriblement prévisible et monotone, la vie de portail, coulisser dans un sens, puis dans l'autre, et faire office de mur, tout ça parce qu'un imbécile heureux a inventé un jour le concept de propriété privée. Il suffit d'ailleurs que le mécanisme se grippe et que ledit portail reste accidentellement ouvert pour les propriétaires paniquent, branchent leurs caméras de vidéosurveillance high-tech, stockent du sucre, des pâtes et de la farine, claquemurent leur famille et astiquent leur fusil, tétanisés par la peur, alerte maximale, prêts à endiguer la moindre invasion!"  Je ne sais pas vous , mais moi j'adore!

Salut à toi ô mon frère

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