"Offshore" de Petros Markaris

Voilà le genre de polar qui rend forcément intelligent et moins crédule , voire abêti , c'est donc tout ce que j'aime! L'inoxydable commissaire Charitos , qui en a vu passé tout au long de son parcours professionnel des vertes et des pas mûres , des magouilleurs, des corrompus, des cupides, des carriéristes et autres turpitudes du genre humain, lui ne bouge pas car il a placé au-dessus de tout ses convictions et son amour irrésistible de la vérité! Résultat , il reste désespérement englué au même niveau hiérarchique depuis des lustres mais il s'en fiche! Alors, lorsqu'un premier cadavre cadre dans le tourisme baignant dans le pot de vin et le détournement est découvert , il émet tout de suite un doute quant à la version officielle, beaucoup trop lisse et convenue! Et quand un gros armateur est retrouvé "flingué" à bout portant, ça se confirme mais pas de preuve! Et dans le même temps ( expression très usitée actuellement, cherchez bien, vous allez trouver!), la Grèce opère un redressement économique extraordinaire après des années de disette et le peuple s'esbaubit! Oui mais, d'où vient cet argent miraculeux? Ce genre d'opus, c'est tout ce que j'aime, mêlant personnage récurrent et très sympathique, une famille et un entourage soudé autour de ses valeurs, telle la cuisine traditionnelle ( certaines scènes sont roboratives à cet égard!) et ses dessous peu ragoûtants derrière une façade bien sous tous rapports. "l''argent, c'est bien quand on n'en a pas besoin". "La pauvreté est non seulement à la mode mais sexy", et les pauvres n'intéressent plus personne". Et ce passage à la fois extraordinaire et terrible pages 288 et 289 où l'auteur avec hargne nous détaille, à travers les dires d'un personnage de l'ombre, l'industrie du blanchiment d'argent sale, car il s'agit bien de toute une industrie qui fait tourner des pays entiers en les maintenant la tête hors de l'eau! Le monde ne serait-il donc qu'une grande lessiveuse: probablement !! Alors bien sûr, cet ouvrage ne plaira pas à tout le monde( j'entend déjà les objections et les rejets en disant, ritournelles litaniques, ceci nous dépasse ou c'est comme ça!!) mais quand vous saurez que l'auteur a désormais plus de 80 ans et qu'il continue à être indigné et à être l'une des grandes voies de la littérature grecque, je dis mon plus profond respect pour cet homme que j'ai eu l'immense bonheur de rencontrer il y a quelques années à Reims lors d'un festival ! Merci aux éditions du Seuil et à Marie-Claire Chalvet, attachée de presse.

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