"Jusqu'à la bête" de Timothée Demeillers

"La peur du sommeil qui s'installe, la peur de retrouver ces cauchemars obsédants, la peur de ne plus savoir comment dormir, de ne plus savoir comment trouver un peu de repos, d'a'paisement, la peur de la peur, la peur, la peur, qui te fige dès que tu te glisses sous la couette, épuisé, vidé, et puis qui te tire violemment du sommeil dès les premiers instants de somnolence, qui te déchire les entrailles dès que ton corps rend les armes et s'assoupit enfin, qui télectrocute le coeur, qui t'écarquille les yeux, et l'insomnie débute............"Que les organismes ne supportent pas le repos. Le silence. L'absence de chaîne.Que les corps sont devenus dépendants de la chaîne.Enfin, pas dépendants, mais partie de la chaîne. Et les débrancher soudain de leur générateur, ça dérègle toute l'anatomie, tous les organes et ça déclenche ces saloperies, ça fait vieillir brusquement."   J'aurai pu ainsi vous citer d'autres longs passages de ce très étonnant opus, d'une noirceur absolue, sans aucune once d'espoir! De très très longues phrases elliptiques décrivent un monde industriel puant, horrible, repoussant, totalement déshumanisé, celui des abattoirs, et l'anti-héros, Erwan, qui travaille au froid depuis de nombreuses années, y est perpétuellement en survie! Monde de sang, de violence, de bruit insupportable, d'inanité des rapports humains, il y cotoie des tueurs ( c'est le nom officiel du métier!), lui exerçant dans les chambres froides! Epuisé par cette vie morne et sans perspective, il n'a pas de vie affective et il va connaître une lente et inéluctable descente aux enfers sans personne à qui se raccrocher, descente qui sera ponctuée par un licenciement et la commission d'un meurtre sur l'un des cadres de l'entreprise. Le style de l'ouvrage est absolument unique et détermine une musicalité particulière tout au long du texte, comme un "REQUIEM POUR UN STEAK". Une chose est certaine, une fois lu, vous ne regarderez plus votre "Charal" de la même manière et vous prendrez conscience que derrière vos barquettes et brochettes, il y a des hommes qui souffrent, voire qui se suicident !   

  

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