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"Artifices" de Didier Fossey

Dans ce polar, ce qui se distingue en premier lieu, c'est la très grande originalité de la thématique car détourner l'usage traditionnel et festif du feu d'artifice pour en faire une arme de destruction massive, avouez que ce n'est pas banal et que c'est très horrifique!! C'est l'histoire d'une vengeance sur le long terme, d'une mémoire de l'enfance qui ne veut pas abdiquer, de débuts d'une vie misérable marquée dans sa chair irrémédiablement, au fer rouge! Une petite fille devenue une femme et qui va user de ses compétences professionnelles d'artificière( les femmes sont peu nombreuses dans un domaine hégémoniquement masculin) pour retrouver et se venger de ses monstres apparemment si bien sous tous rapports ( Une confirmation: les prêtres non plus ne sont pas blancs-bleus dans la perversion la plus abjecte, mais, à moins d'être candide, peut-on encore en être surpris?). Il n'empêche, le commandant Boris Le Guenn du 36 et son équipe très soudée découvre avec stupeur un premier cadavre littérablement explosé au pied d'un arbre et nul doute, le matériel utilisé est un feu d'artifice! Suivra rapidement une seconde victime avec un modus opérandi approchant ! J'ai beaucoup aimé cet opus, bien rythmé, bien stylé, avec des personnages bien croqués, puissants en même temps que vulnérables ( ils restent humains y compris dans l'abjection!) mais alors, le passage de la page 199 à 201 est d'anthologie , une leçon de choses de Le Guenn à son commissaire: " Ecoute-moi bien, gamin, je vais t'expliquer deux ou trois trucs. Je faisais déjà de la police judiciaire quand toi, tu portais encore des couches et tétais ta mère. Les planques, les filatures jusqu'à pas d'heure, les journées qui s'enchaînent les unes après les autres sans gueuler, sans rien dire. On avait le teint gris et les yeux tellement cernés que même un Boxer à côté de nous avait l'air plus heureux. Mer cernes d'aujourd'hui, c'est de la rigolade. Mon boulot, je l'ai appris sur le terrain avec les anciens qui picolaient et qui allaient aux putes de temps en temps. Les renseignements, on les obtenait en se coltinant avec nos indics, des malfrats, des vrais,équipés comme des porte-avions, mais qui avaient le respect du poulet. Il nous arrivait d'être malades ou blessés, mais à moins de plus pouvoir arquer, on était au boulot par respect du taulier qui était comme nous, sur le terrain avec ses mecs et pour les collègues. Un pour tous, tous pour un, ce n'est pas qu'une histoire de mousquetaires, ça a existé en vrai. T'as eu la crim' parce que t'étais bien classé à l'école des commissaires, tu crois que c'est un cadeau et tu te la joues un peu. A l'école des commissaires, on vous apprend plein de trucs. Vous êtes les meilleurs, c'est vous les patrons. Mais un patron, ce n'est pas QUE ça. Un boss, ça se respecte et le respect, ça se gagne. Et je vais te dire comment. ça se gagne au feu, sur le terrain, les pieds et les mains dans la merde! Si tu veaux que ton beau rêve ne devienne pas un cauchemar, sois humble, apprends. Mais apprends avec des mecs comme moi ou mes gars. Ils ont de l'expérience, du terrain. Ils connaissent la réalité du métier. Pas la théorie écrite sur des feuilles imprimées. Et quand tu connaîtras bien le boulot et que tu n'auras plus besoin de faire péter tes galons pour être écouté, tu auras gagné. Tu seras un vrai taulier."  Quand j'ai lu ces lignes, je me suis représenté Lino Ventura dans un film de Lautner ! Quel plaisir ! Merci à Didier Fossey et à sa superbe dédicace et à signaler , la qualité de la couverture et son esthétisme !  

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