Il en est de certaines légendes comme des étoiles qui ne peuvent décemment s'en retourner dans la stratosphère des trous noirs! Ainsi , au plan des romans noirs sociaux , voire sociétaux , en est-il de Gérard Delteil ( comme de Didier Daeninckx , autre figure mythique du secteur) qui possède désormais un parcours impressionnant et une oeuvre très conséquente! Il ne pouvait donc ne pas réagir à l'un des plus longs et profonds mouvements sociaux qu'ait connu notre pays depuis de longues décennies! En greffant dessus un polar dans la plus pure tradition du genre, il en a fait un parfait modèle genre! Mieux qu'une enquête sociologique ou journalistique, il nous fait prendre conscience à travers cet opus , des fractures abyssales qui balâfrent ce pays. C'est en Bretagne , dans une ville à peine imaginaire , mais ç'aurait pu se situer dans n'importe quelle autre partie de l'hexagone, c'est en bord de mer , une économie portuaire et c'est autour d'un rond-point se formant de manière spontanée qui va très vite se constituer en micro/société. Le lieutenant de police de police Devers, néophyte, va dès l'abord se faire manipuler par son capitaine pour infilter la population du dit rond-point. Pourquoi faire, alors qu'il y a déjà localement des agents de la Dgsi? Le lecteur va vivre au milieu de ces révoltés, de ces "écoeurés" , de leurs souffrances, de leurs colères, mais aissi de leurs petits flammes de bonheur sauf quand......l'une d'entre elles est tuée, fauchée par une voiture pratiquant le délit de fuite! Dès lors , l'atmosphère de bon enfant , va devenir explosive , et la position de Devers de plus en plus inconfortable!  C'est admirablement rendu , remarquablement documenté, et l'écrivain parvient à nous rendre attachants ces personnages se débattant avec leurs petits moyens et leurs armes souvent dérisoires dans une vie de plus en plus difficile! Extraits : "regarde ta Rolex, c'est l'heure de la révolution" , " Tous fauchés, tous fâchés, tous fichés" , "femmes précaires, femmes en colère" ," je rame, tu rames, ils se gavent", "fachés, pas fachos", "vivre en France coûte un bras, t'en plaindre coûte un oeil", "travail, familles,pâtes riz", on déclarera nos manifs quand vous déclarerez vos profits" . Ces têtes de châpitre, remarquables, correspondent point par point à la nature colérique de ce pétulant opus et à l'état de notre société actuelle! Je ne vous dirai pas davantage, elle n'est là qu'en toile de fond pour mieux mettre en valeur la vigueur qui irrigue le corps social qui n'est pas encore mort, il remue toujours et c'est tant mieux car Dieu son état trop longtemps comateux nous a fait peur ! A lire absolument car vous verrez alors que le polar ou roman noir ne sont pas que tueurs en série, séances de torture ou course poursuite! Ca peut être aussi bien plus sujet à réflexion et à enalyse ! Un immense merci déjà à l'auteur ( qui s'est personnellement impliqué dans ce mouvement) et aux éditions du Seuil ainsi qu'à Marie-Claire Chalvet, fidèle attachée de presse!  

Couverture du livre : Les Ecoeurés  

Ajouter un commentaire

 
×