"Androgyne" de Gérard Bertuzzi

Je viens de lire un polar dont la maestria de l'auteur , ne serait-ce déjà que sur un plan grammatical , m'a époustouflé! En effet , et le titre en fait foi, il est parvenu à se jouer des genres masculin et féminin avec un bonheur lexical à nul autre pareil ! 180 pages de haute voltige syntaxique , où les enquêteurs poursuivent une ombre dont ils ne parviennent pas quasiment jusqu'à la fin , à déterminer si c'est un meurtrier ou une meurtrière , y compris dans les prénoms unisexes dont "ils" décident d'affubler le probable assassin( e) ! L'auteur, diabolique , nous fait tournebouler en même temps que l'équipe d'enquêteurs , entre Compiègne, Soissons, Beauvais, Rouen, et crapahuter à la poursuite d'un mobile aussi mystérieux et abscons qu'un accord grammatical nébuleux , fuligineux! Bourbon et son adjoint Keller sont-ils devenus de simples marionnettes dans les mains virtuoses d'un Houdini de l'arme blanche? Et le mobile se dissimule-t-il dans un passé , oui, mais un passé antérieur ou un passé simple? A l'heure où certains cénacles défouraillent fumeusement sur l'intérêt et la justesse ou non d'une écriture dite "inclusive" , cet ouvrage drôle, sans prétention mais de qualité, ne se prenant pas une minute au sérieux tout en abordant des sujets ô combien graves ( le harcèlement scolaire par exemple et certaines de ses conséquences, y compris lointaines!) , invite à prendre un peu de recul sur l'inanité, la vacuité de sujets qui monopolisent certaines sphères médiatiques! Mais je félicite l'auteur d'avoir réalisé cette prouesse insigne , eu égard aux pièges scabreux de notre langue , de s'être "passé" du masculin et du féminin sans barguigner! Chapeau l'artiste!    

237.indd

Ajouter un commentaire

 
×